Mieux comprendre la substitution des médicaments vétérinaires
Information sur la pratique PharmacieDécouvrez dans quelles circonstances la substitution de médicaments vétérinaires est permise et quelles sont les responsabilités du médecin vétérinaire et du pharmacien pour assurer la sécurité des patients.
Il arrive parfois qu’un médecin vétérinaire ou un pharmacien soit confronté à une ordonnance pour un médicament qu’il ne peut pas délivrer. Cette situation peut survenir en raison d’une rupture de stock, d’un problème lié à la chaîne d’approvisionnement ou, encore, lorsque le médicament représente, selon le jugement du professionnel, un risque pour le patient.
Dans un tel contexte, le pharmacien ou le médecin vétérinaire peut envisager la possibilité de proposer une substitution, afin d’assurer la continuité des soins et la sécurité du patient.
La substitution peut se présenter sous deux formes
1. Substitution par un produit contenant le même principe actif et bioéquivalent, malgré une marque, une forme pharmaceutique ou une concentration différentes.
Par exemple :
- Servir 2 comprimés de 50 mg au lieu d’un comprimé de 100 mg
- Servir le produit de la compagnie X plutôt que celui de la compagnie Y, lorsque les deux sont homologués pour les animaux et considérés bioéquivalents
- Servir le médicament X en suspension orale plutôt qu’en comprimé, pour faciliter son administration, lorsque les deux sont homologués pour les animaux et considérés bioéquivalents
Dans de tels cas, il est acceptable de procéder à la substitution, sans nécessairement aviser le prescripteur, bien que ce soit une bonne pratique. Il n’est pas nécessaire non plus de rédiger une nouvelle ordonnance.
Toutefois, si le prescripteur a indiqué « ne pas substituer », il est impératif d’obtenir son consentement avant de substituer le médicament.
2. Substitution par un médicament différent, mais pour la même indication thérapeutique.
Par exemple :
- Servir de la clindamycine puisque l’animal a déjà eu une réaction adverse à l’amoxicilline / acide clavulanique
- Servir le médicament X plutôt que le médicament Y parce que ce dernier n’est plus disponible au Canada
- Servir un produit homologué pour les humains, plutôt qu’un produit homologué pour les animaux, parce que celui pour animaux est en rupture d’inventaire et qu’aucun autre produit bioéquivalent n’est disponible
Avant de procéder à une telle substitution, on doit contacter le prescripteur pour obtenir son autorisation et pour qu’il rédige une nouvelle ordonnance. En cas d’impossibilité de le joindre en temps utile, le médecin vétérinaire, qui estime qu’une substitution doit absolument être effectuée, devra rédiger lui-même une nouvelle ordonnance, ce qui implique d’avoir réalisé un examen approprié de l’animal pour obtenir une connaissance suffisante des faits.
Pour tout type de substitution, il importe de prioriser la sécurité du patient avant tout.
Mises en situation
1. À la suite d’une chirurgie orthopédique chez un chien, un spécialiste a prescrit de la trazodone à raison d’un comprimé de 150 mg PO BID. Il a recommandé au client de voir son médecin vétérinaire généraliste pour les suivis. Or, ce dernier ne dispose que de comprimés de 50 mg. Que peut-il faire?
Réponse : Il peut servir des comprimés de 50 mg de trazodone, en expliquant bien au client qu’il devra administrer 3 comprimés PO BID. Il n’a pas nécessairement à contacter le spécialiste.
Cependant, si le spécialiste avait indiqué sur son ordonnance « ne pas substituer », le médecin vétérinaire généraliste n’aurait d’autre choix que de contacter le spécialiste, ou de diriger son client vers un autre établissement pour se procurer le médicament prescrit.
2. Un médecin vétérinaire a prescrit du Clavaseptin® à un chat. Le client a choisi de faire honorer l’ordonnance dans une pharmacie communautaire. Le médecin vétérinaire se doute que le pharmacien ne tient pas le produit homologué pour les animaux en inventaire. Que peut-il faire?
Réponse : Il ne doit pas modifier son ordonnance pour du Clavulin® homologué pour les humains. Ceci ne serait pas conforme à la cascade décisionnelle thérapeutique. Un pharmacien qui fait le choix d’offrir ses services à des propriétaires d’animaux a la responsabilité de tenir l’inventaire nécessaire pour le faire adéquatement. Si le pharmacien le contacte pour suggérer une substitution, le médecin vétérinaire pourra refuser la substitution, dans le respect de la cascade décisionnelle, à moins de circonstances particulières justifiant d’y déroger.
3. Le Dr X a examiné un chat et a rédigé une ordonnance pour l’onguent ophtalmique ABC. La cliente, qui a magasiné un peu les prix, décide de se procurer l’onguent chez un autre médecin vétérinaire. À son arrivée à l’établissement du Dr Y, elle reconnaît l’emballage et réalise qu’elle a déjà administré cet onguent à son chat. Ce dernier avait fait une réaction anaphylactique. Que peut faire le Dr Y?
Réponse : Il doit contacter le Dr X et discuter des alternatives. Le Dr X aura alors à rédiger une nouvelle ordonnance. Si le Dr X est indisponible sur une période trop longue, le Dr Y devra proposer à la cliente un nouvel examen, afin de pouvoir prescrire lui-même un autre onguent.
En conclusion
La substitution de médicaments vétérinaires peut être une solution appropriée dans certaines situations, à condition de respecter les règles qui l’encadrent. La sécurité du patient doit demeurer, en tout temps, la priorité des professionnels impliqués, tant du côté du médecin vétérinaire que du pharmacien, le cas échéant.
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