Pourquoi un médecin vétérinaire doit-il examiner un animal avant de le vacciner, alors qu’en médecine humaine, ce n’est pas nécessaire?
Déontologie, lois et règlements Information sur la pratique Actualités vétérinairesComparer les campagnes de vaccination humaine à la vaccination chez les animaux, c’est comme comparer des pommes avec des oranges, ces processus étant encadrés différemment.
Mais pour un public non initié, la question en titre se pose en toute légitimité.
À l’approche de chaque campagne de vaccination humaine, de nombreux clients interpellent leur médecin vétérinaire avec ce type de question, laissant parfois ces derniers sans réponse concrète à leur donner dans l’immédiat. Afin de mieux outiller les vétérinaires en la matière, voici une explication concise suivie des éclaircissements nécessaires.
En résumé
La vaccination chez l’humain s’appuie sur des ordonnances collectives et des protocoles approuvés par les autorités de santé publique, permettant ainsi une administration à grande échelle, sans examen médical individuel préalable. En revanche, en médecine vétérinaire, chaque vaccination — qu’il s’agisse d’un seul animal ou d’un troupeau — relève d’une prescription individuelle, puisqu’il n’existe pas de cadre réglementaire comparable aux ordonnances collectives.
Et si nous creusions la question davantage…
D’un point de vue médical, les campagnes de vaccination humaine reposent sur des protocoles standardisés établis par les autorités de santé publique. Les vaccins sont administrés par des infirmières, des pharmaciens ou d’autres professionnels autorisés sans examen médical systématique, car ils sont considérés comme des actes préventifs de masse. Même si chaque patient est unique, les vaccins humains sont conçus pour des populations larges et bien étudiées. Les contre-indications sont rares et généralement connues (ex. allergies sévères, immunosuppression), ce qui permet de les gérer par questionnaire plutôt que par des examens cliniques.
Juridiquement, la Loi sur la santé publique donne aux autorités de santé publique le pouvoir d’organiser des campagnes de vaccination. Les protocoles rédigés par ces autorités tiennent alors lieu de « prescription collective » : ils remplacent l’ordonnance individuelle par une directive générale validée par des médecins responsables de santé publique. C’est donc, ultimement, l’ordonnance collective, prévue par le Code des professions, qui permet la vaccination humaine de masse sans examen médical préalable.
De plus, le Règlement sur les conditions et modalités de vente des médicaments précise que les vaccins, bien qu’étant considérés comme des médicaments devant être vendus sous ordonnance, ne le sont pas lorsqu’ils sont destinés à être administrés dans le cadre d’une activité découlant de la Loi sur la santé publique, qui ne concerne que les humains. Tout a donc été mis en place, juridiquement, pour permettre les programmes de vaccination pour les humains.
Plusieurs raisons expliquent ces différences entre la vaccination humaine et la vaccination des animaux.
D’un point de vue médical, contrairement aux humains, les animaux présentent une grande variété d’espèces, de races et de conditions de vie. L’examen permet d’adapter le protocole vaccinal à l’âge, au mode de vie et à l’état de santé de chaque animal. De plus, les patients du médecin vétérinaire ne parlent pas, et leurs propriétaires peuvent ne pas avoir remarqué un élément significatif. L’examen permet de détecter des anomalies pouvant rendre les vaccins contre-indiqués et ainsi d’éviter des complications.
Par ailleurs, l’examen préalable à la vaccination est parfois la seule occasion, dans l’année, pour le médecin vétérinaire d’examiner son patient et, ainsi, de détecter tout problème en développement, lui permettant d’agir tôt dans le processus et d’offrir les meilleurs conseils à son client.
D’un point de vue déontologique, l’examen avant de prescrire est d’ailleurs une obligation. En effet, l’article 9(2) du Code de déontologie des médecins vétérinaires indique :
9. Le médecin vétérinaire doit s’acquitter de ses devoirs professionnels avec intégrité; à cette fin, il doit notamment:
3° ne poser un diagnostic, n’instaurer un programme prophylactique ou ne prescrire des médicaments qu’après avoir personnellement effectué un examen approprié de l’animal ou d’une population d’animaux;
De plus, les vaccins sont des médicaments sous ordonnance, en vertu du Règlement sur les conditions et modalités de vente des médicaments. Puisqu’aucune exception n’a été prévue à ce règlement pour les vaccins destinés aux animaux, un examen doit donc être réalisé avant la prescription d’un vaccin pour animaux.
Rappelons toutefois qu’un médecin vétérinaire peut rédiger une ordonnance individuelle, ou une ordonnance de groupe (par exemple pour un troupeau ou une portée). Ce sont les ordonnances collectives, permettant la vaccination de masse, qui ne sont pas permises en médecine vétérinaire.
En conclusion
C’est grâce aux ordonnances collectives et aux protocoles d’immunisation officiels que les vaccins peuvent être prescrits et administrés de façon standardisée dans la population humaine alors que ces mécanismes n’existent pas en médecine vétérinaire. Vous saurez maintenant quoi répondre quand un client vous posera la question!
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