Que faire quand un client demande des médicaments, mais sans vouloir faire examiner son animal?
Bien-être animal Déontologie, lois et règlements Information sur la pratique Tenue d'un établissementUn client insiste pour recevoir des médicaments pour son animal en questionnant la pertinence de faire un examen préalable? Ce cas de figure s’est probablement présenté à vous plus souvent qu’autrement au sein de votre pratique.
Dans ce type de situation, prêter une oreille attentive au client, tout en expliquant les raisons qui guident l’obligation de l’examen préalable de l’animal avant de prescrire, permet de remettre les choses en perspective et de trouver des solutions concrètes adaptées à l’état de santé de l’animal, tout en respectant la réalité de son propriétaire et en préservant la santé publique.
Bien que la situation ci-dessus puisse sembler anodine, il est essentiel de rappeler que la prescription sans examen contrevient aux règles déontologiques et peut mettre en péril la santé animale et publique.
Le Code de déontologie des médecins vétérinaires du Québec est explicite à ce sujet. En effet, l’article 9.3 stipule que le médecin vétérinaire ne doit poser un diagnostic, instaurer un programme prophylactique ou prescrire des médicaments qu’après avoir personnellement effectué un examen approprié de l’animal ou d’une population d’animaux. Cette règle vise à garantir que chaque prescription repose sur un diagnostic établi à partir d’un examen clinique ou d’une évaluation conforme aux normes de pratique. Elle protège ainsi l’animal contre les risques liés à un traitement inadapté et contribue notamment à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, un enjeu majeur de santé publique.
Dans ce contexte, il est pertinent de rappeler l’article 9.2, qui impose au vétérinaire un devoir d’information envers le client. Cet article précise que le médecin vétérinaire doit exposer à son client d’une façon complète et objective la nature et la portée du problème qui découle des faits portés à sa connaissance. Autrement dit, il ne suffit pas de refuser la prescription : il faut expliquer pourquoi ce refus est nécessaire et en quoi il sert l’intérêt de l’animal et de la collectivité. Cette obligation d’information est essentielle pour maintenir la confiance et éviter que le client n’interprète cette décision comme une contrainte injustifiée ou une façon d’augmenter ses revenus.
Enfin, il ne faut pas oublier le Règlement sur les ordonnances des médecins vétérinaires, qui indique que le nombre de renouvellements d’une ordonnance ne peut pas excéder une période d’un an, ce qui implique que même si l’animal doit recevoir un médicament à long terme, un examen annuel est requis.
Face à un client qui insiste pour obtenir des médicaments sans examen, il est recommandé d’adopter une approche empathique et de commencer par reconnaitre les enjeux qu’il vit, que ce soit la difficulté à déplacer l’animal ou des contraintes financières, par exemple. Ensuite, il est tout à fait pertinent d’indiquer que cette pratique n’est pas permise par le Code de déontologie, ce qui renforce la décision, en démontrant qu’il s’agit d’une obligation professionnelle, et non d’une préférence personnelle. Mais il faut surtout expliquer pourquoi. En effet, cette règle existe pour garantir un traitement sécuritaire et adapté : sans examen, il est impossible de confirmer le diagnostic ou d’adapter la dose. De plus, un médicament inapproprié peut aggraver la situation, masquer des symptômes importants ou entraîner des effets secondaires graves.
Il importe aussi de proposer des solutions concrètes. Plusieurs options sont possibles, comme une évaluation ciblée, à moindre coût, ou une consultation par télémédecine, si appropriée à la situation. De plus, il est utile de rappeler que, lorsque pertinent, un traitement peut être prescrit pour tous les animaux d’un groupe, à la suite de l’examen d’un seul animal du groupe. Enfin, dans certains cas, une ordonnance de dépannage peut être facilitatrice, dans le cas où le client ne peut pas revenir immédiatement pour une réévaluation, mais que le traitement de l’animal doit absolument être poursuivi. Fournir des médicaments pour une courte période peut être acceptable, selon le jugement professionnel du médecin vétérinaire.
Cette approche axée sur les solutions démontre une volonté d’aider tout en respectant les obligations professionnelles. Elle transforme une contrainte en preuve de professionnalisme et renforce la confiance du client.
Refuser de prescrire sans examen n’est donc pas un refus de service, mais une démonstration de l’engagement du médecin vétérinaire envers la santé animale et publique. La pression des clients pour obtenir des médicaments sans consultation est compréhensible, mais il est du devoir d’un professionnel de résister à cette demande. Ces règles visent à protéger l’animal et la santé publique. En adoptant une communication empathique, pédagogique et orientée vers des solutions, le médecin vétérinaire peut transformer une situation délicate en opportunité pour affirmer son rôle de professionnel responsable.
Passer la navigation du site