Passer la navigation du site
IP-reseaux-soc-pratique
Retour à la liste
 |  Écrit par Ordre des médecins vétérinaires du Québec  |  Article

Réseaux sociaux et pratique vétérinaire : les règles à connaître

Déontologie, lois et règlements Information sur la pratique Publicité

Les réseaux sociaux offrent de nombreuses possibilités, mais leur utilisation doit respecter les obligations déontologiques, la confidentialité et les normes professionnelles.

Préface : À l’ère de l’omniprésence du numérique, il est primordial pour tout professionnel de prendre conscience des normes éthiques et déontologiques qui encadrent l’utilisation des réseaux sociaux afin d’en faire un usage prudent et responsable.

 

Que sont les réseaux sociaux?

Les réseaux sociaux font partie des médias sociaux, soit des médias numériques basés sur les caractéristiques du Web 2.0, qui visent à faciliter la création et le partage de contenu généré par les utilisateurs, la collaboration et l'interaction sociale (ex. :  Instagram®, X®, Facebook®, Pinterest®, TikTok®, Snapchat®).

Les réseaux sociaux, plus précisément, sont des communautés d'internautes reliés entre eux par des liens amicaux ou professionnels, regroupés ou non par secteurs d'activité, qui favorisent l'interaction sociale ainsi que la création et le partage d'informations (ex. : LinkedIn®, Discord®).

Les réseaux sociaux rendent de plus en plus floue la frontière entre vie privée et professionnelle, celles-ci devenant pratiquement indissociables. En ce sens, il est indispensable pour tout professionnel d’être conscient de ses obligations déontologiques, et ce, en tout contexte. Cette chronique a donc pour but de mettre en lumière certains enjeux liés à l’utilisation des réseaux sociaux par les membres de l’Ordre et de souligner certaines recommandations pratiques.

 

En général

Suivant la jurisprudence pertinente, les normes éthiques et déontologiques continuent de s’appliquer sur les réseaux sociaux, même en dehors du cadre habituel de l’exercice de la profession, lorsque les publications d’un professionnel ont un lien réel avec sa profession, son identité professionnelle ou la confiance du public envers celle-ci.

Il ne faudrait pas penser que l’Ordre surveille toutes les publications personnelles de ses membres. Toutefois, un contenu porté à son attention peut faire l’objet d’un examen s’il soulève des enjeux de respect, de confidentialité, de publicité, de désinformation ou d’atteinte à la dignité de la profession. La jurisprudence rappelle d’ailleurs que, bien que la liberté d’expression bénéficie d’une protection de premier plan, elle doit s’exercer d’une manière compatible avec les obligations déontologiques et la confiance du public envers la profession. Dans ce contexte, l’utilisation des réseaux sociaux en contravention de ces obligations peut donner lieu à une intervention de l’Ordre et, le cas échéant, à l’imposition de sanctions disciplinaires.

 

Partage d'opinion 

Il est attendu que toute publication ou prise de parole numérique se fasse de façon respectueuse. Le Code de déontologie des médecins vétérinaires prévoit notamment que, dans l’exercice de sa profession, le médecin vétérinaire doit agir envers toute personne avec courtoisie, dignité, modération et objectivité.

Cela s’applique autant aux réponses données à des commentaires laissés sur une page ou un site professionnel qu’aux opinions exprimées à titre personnel lorsqu’elles présentent un lien suffisant avec la profession ou avec l’identité professionnelle du membre. Un médecin vétérinaire peut évidemment prendre part à des discussions publiques ou exprimer une opinion personnelle, y compris sur des sujets sensibles ou controversés. Ses propos devraient toutefois demeurer nuancés, modérés et compatibles avec les valeurs de la profession.

 

Recommandations :

  • Éviter de publier dans un état d’esprit inopportun ou sous l’influence d’émotions fortes.
  • Éviter les propos discriminatoires, haineux ou incompatibles avec les valeurs de la profession.
    • Exemple : un médecin vétérinaire pourrait exprimer, sur son compte personnel, une opinion critique à l’égard d’un enjeu social, sanitaire ou politique, notamment en remettant en question certaines mesures ou décisions publiques. Toutefois, il devrait éviter que ses propos contribuent à diffuser de la désinformation manifeste, des propos haineux, des incitations à la violence ou des affirmations incompatibles avec les données scientifiques reconnues.

 

Publicité

Les publicités sur les médias sociaux sont régies par les mêmes normes que celles dans des médias traditionnels. À cet effet, la définition de ce qu’est un message publicitaire est plutôt large. La Loi sur la protection du consommateur la définit comme suit :  un message destiné à promouvoir un bien, un service ou un organisme au Québec. Il faut donc rester vigilant dans ses publications, certaines pourraient se qualifier de publicités et donc être encadrées par les articles pertinents du Code de déontologie.

 

Recommandations :

  • Ne pas partager les témoignages d’appui de clients.
    • Exemple : les avis Google ou des partenariats rémunérés ou compensés.
  • Éviter toute publicité fausse, trompeuse, incomplète ou susceptible d’induire en erreur.
    • Exemple : l’utilisation de photos ou de vidéos de type « avant-après » lorsque leur présentation est susceptible de créer des attentes irréalistes, de simplifier indûment les résultats attendus ou d’induire le public en erreur.
  • S’abstenir de publier du contenu qui cherche à émouvoir ou à influencer indûment le public.
  • Se présenter comme ayant une expertise particulière sans que celle-ci soit fondée.
  • Éviter tout contenu qui dénigre un autre médecin vétérinaire ou laisse entendre une supériorité de ses services.
    • Exemple : l’utilisation de termes superlatifs ou comparatifs, tels que « le meilleur », « le plus efficace » ou « supérieur », lorsqu’ils ne reposent pas sur des faits vérifiables et objectifs.
  • Éviter la promotion inappropriée de services, de produits ou de médicaments, notamment par des rabais, gratuités ou autres incitatifs.
    • Exemple : un concours organisé à des fins promotionnelles lorsqu’il constitue une forme d’avantage lié à l’exercice de la profession et place le médecin vétérinaire en situation de conflit d’intérêts.

 

Note : articles pertinents

Voir la section III du Code de déontologie des médecins vétérinaires concernant la publicité.

 

Diffusion d'information 

Les réseaux sociaux permettent une diffusion plus efficace de l’information, tout comme la désinformation. Les médecins vétérinaires peuvent vouloir contribuer à l’information et l’éducation du public au moyen de divers outils et sont même encouragés à le faire (art. 2 du Code). Néanmoins, bien qu’il encourage cet apport, le Code impose également de tenir compte des conséquences prévisibles de ses propos et de s’exprimer en conformité avec les données actuelles de la science médicale et les normes de pratique reconnues. Il est donc primordial de s’assurer de la véracité de l’information partagée ou repartagée lorsqu’on publie des informations concernant son domaine de pratique ou la médecine vétérinaire en général.

 

Recommandations :

  • S’assurer d’avoir effectué des recherches complètes avant de partager une information relevant du domaine vétérinaire. 
  • Si vous republiez une publication d’autrui, vérifiez au préalable les sources et l’exactitude des propos.

 

Note : conseils professionnels

Il est préférable de refuser poliment toute demande d’avis professionnel en ligne et de limiter toute intervention à de l’information générale.

 

Secret professionnel 

Il peut arriver de vouloir consulter un collègue concernant un dossier, ou même de partager un cas difficile avec plusieurs personnes. Or, il est inopportun de le faire par l’entremise des réseaux sociaux en raison de préoccupations liées à la confidentialité et de la nécessité de préserver le secret professionnel (art. 23 et 25 du Code). En effet, même lorsque les échanges semblent limités à un cercle restreint, les réseaux sociaux n’offrent pas les mêmes garanties de confidentialité qu’un canal professionnel approprié. La jurisprudence rappelle d’ailleurs que le caractère « privé » d’un groupe ne suffit pas, à lui seul, à créer une attente raisonnable de confidentialité ni à garantir la sécurité des renseignements partagés, particulièrement lorsque ce groupe réunit un nombre important de participants. Le contenu qui y est partagé peut ainsi être conservé, retransmis ou porté à l’attention de tiers, sans que la personne qui l’a publié puisse nécessairement en contrôler la circulation.

 

Recommandations :

  • S’abstenir de publier quelque renseignement personnel que ce soit concernant un client, et ce, même dans des groupes privés.
  • Obtenir le consentement du client avant de partager toute information sensible du dossier à un collègue par l’entremise des réseaux sociaux.
  • S’abstenir de partager la situation d’un client en particulier, même sans le nommer, puisqu’il est souvent possible de l’identifier indirectement à partir de détails contextuels.

 

Note : photos et vidéos

Cette prudence s’applique notamment aux photos et aux vidéos, même lorsque l’animal ne semble pas identifiable à première vue.

 

Conclusion 

Les réseaux sociaux exigent la même prudence que tout autre contexte professionnel. Cette prudence s’apprécie toutefois selon le contexte : plus une publication est liée à l’identité professionnelle de son auteur, à l’expertise qu’il revendique ou à la confiance du public envers la profession, plus les obligations déontologiques sont susceptibles de s’appliquer. En pratique, cela invite à faire preuve de retenue dans le partage d’opinions, à demeurer vigilant en matière de publicité, à vérifier l’information avant de la diffuser et à protéger rigoureusement le secret professionnel.

Toutefois, les réseaux sociaux ne doivent pas être vus uniquement d’un mauvais œil. Bien utilisés, ils peuvent aussi devenir un outil efficace pour informer, sensibiliser et contribuer à une meilleure compréhension générale des enjeux de santé animale. Compte tenu de la rapidité avec laquelle circule l’information, qu’elle soit exacte ou erronée, la présence de professionnels capables de diffuser une information fiable et exacte peut jouer un rôle important. Être présent sur ces plateformes, tout en gardant à l’esprit ses obligations et responsabilités, peut donc aussi faire partie de la contribution du médecin vétérinaire à la protection du public.

Pour toute question concernant l’utilisation des réseaux sociaux par un membre de l’Ordre, vous pouvez communiquer avec le Bureau du syndic de l’Ordre à l’adresse suivante : bureau.syndic@omvq.qc.ca.