Relève vétérinaire bioalimentaire : des actions concertées pour bâtir l'avenir
Déontologie, lois et règlements Information sur la pratique Actualités vétérinairesEn 2025, le Portrait annuel de la démographie de la profession vétérinaire au Québec, réalisé grâce au soutien et à l’aide financière accordés par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), nous réservait une nouvelle réjouissante pour le domaine vétérinaire bioalimentaire : une hausse des médecins vétérinaires de la relève disposés à lui prêter main-forte. Ce portrait sera d’ailleurs rendu public au printemps 2026.
Concrètement, en 2026, ce sont 19 médecins vétérinaires de plus qui détiennent entre un an et cinq ans de pratique par rapport à cette même cohorte en 2020. Ce groupe de jeunes vétérinaires forme maintenant le segment majoritaire du secteur des animaux de la ferme, un signe positif que la relève est bien présente. Cette relève s’installe entre autres dans des régions fragilisées, comme l’Abitibi-Témiscamingue, le Bas-Saint-Laurent et l’Outaouais.
Ceci n’est pas le fruit du hasard. En 2017, le MAPAQ a mis sur pied le Comité de travail sur la relève, le maintien et l’accès des services vétérinaires au Québec pour le domaine bioalimentaire, qui accueille aujourd’hui tous les acteurs du secteur : le ministère, l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, l’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec (AMVPQ), l’Association des médecins vétérinaires en industrie animale du Québec (AVIA), l’Union des producteurs agricoles (UPA), la Faculté de médecine vétérinaire (FMV) et l’Association des techniciens en santé animale du Québec (ATSAQ). De manière concertée, ces partenaires œuvrent à élaborer des initiatives porteuses et pérennes pour assurer l’attraction et le maintien des effectifs vétérinaires, partout au Québec. Nous parlons notamment ici de stages rémunérés, de mentorat, d’entraide régionale, de télémédecine et d’ajout d’une catégorie d’admission en médecine vétérinaire.
Afin de mieux comprendre les efforts collectifs à l’origine de la progression de la relève vétérinaire bioalimentaire, le Service des communications et du système d’information de l’Ordre s’est entretenu avec des partenaires du Comité qui ont généreusement partagé leur temps, leur passion et leur fierté d’avoir contribué à améliorer l’accessibilité aux services vétérinaires pour les producteurs agricoles, partout au Québec.
Ensemble, nous nous sommes également projetés vers l’avenir. Maintenant que la relève a rejoint le terrain, le défi consiste à favoriser son maintien dans des milieux de pratique parfois fragilisés. Cela repose sur un équilibre entre les attentes des établissements, les besoins des producteurs et les aspirations professionnelles et personnelles des médecins vétérinaires qui s’établissent dans ces environnements de pratique et de vie.
À cet effet, tous s’entendent sur une chose : ça prend une communauté tout entière pour accueillir les médecins vétérinaires à la recherche de nouveaux horizons, pour qu’ils se sentent comme à la maison. Le Dr Gaston Rioux, président de l’Ordre, compare d’ailleurs cette démarche à La grande séduction, rappelant que chaque geste d’accueil bienveillant peut aider à attirer et à retenir les effectifs vétérinaires là où le manque est le plus criant.
Le comité qui a tout changé
Lors de sa création en 2017, le Comité de travail sur la relève, le maintien et l’accès des services vétérinaires au Québec visait à soutenir les professionnels du MAPAQ dans le développement de nouvelles mesures pour le Programme intégré en santé animale au Québec (PISAQ). Son mandat initial était de brosser un portrait du secteur bioalimentaire, en documentant le nombre de médecins vétérinaires par région du Québec, afin de pouvoir évaluer précisément les besoins d’effectifs permettant d’assurer une relève efficiente dans les milieux. À l’époque, l’AMVPQ faisait état de préoccupations liées au vieillissement des effectifs et au faible intérêt de la relève pour ce domaine, une situation qui inquiétait également l’industrie animale.
À terme, cet exercice aura permis d’aller au-delà des impressions et des rumeurs en s’appuyant sur des données chiffrées probantes, qui sont réévaluées dans le temps pour suivre de près l’évolution de la profession. Ces indicateurs demeurent à la base de la réflexion commune pour recommander des initiatives de recrutement et de rétention pérennes dans le domaine bioalimentaire, surtout en régions éloignées.
Depuis sa création, le comité a évolué en se dotant d’un plan d’action structuré. La pandémie, qui a accentué les défis d’accessibilité aux services vétérinaires, a mené à la création d’un second comité regroupant les secteurs des animaux de compagnie et de loisirs (équins), autour des mêmes objectifs d’attractivité et de rétention. Cette période charnière a mis en lumière la force de la collaboration et l’impact positif des idées portées collectivement.
Selon la Dre Geneviève Côté du MAPAQ, la concertation est essentielle pour relever les défis de la profession vétérinaire : « La rareté de la main-d’œuvre est un enjeu complexe et multifactoriel; ce n’est pas un seul acteur ou des actions isolées qui peuvent le régler. Il faut que tout le monde se réunisse et mette la main à la pâte pour que nous arrivions à aligner nos actions respectives et, ainsi, augmenter notre capacité à mettre en place des mesures cohérentes et complémentaires, adaptées aux réalités du terrain. », mentionne-t-elle.
En portant un message commun sur le terrain, les partenaires renforcent la légitimité et la pérennité des initiatives. Cette proximité avec les milieux favorise une rétroaction continue, permettant d’ajuster les interventions, au besoin.
Des actions concrètes aux retombées heureuses
Au fil des ans, les travaux du comité ont mené à des idées constructives qui ont été implantées efficacement sur le terrain.
L’ajout de la catégorie d’admission « animaux de la ferme » à la Faculté de médecine vétérinaire et ouverture du campus décentralisé de Rimouski
Au campus de Saint Hyacinthe, jusqu’à 15 des 96 places sont réservées à la catégorie « animaux de la ferme », tandis que le campus de Rimouski accueille 24 étudiants, dont jusqu’à 12 dans ce profil, soit près de la moitié des admissions. Les candidats doivent se qualifier sur la base de critères établis dont le dossier académique, une entrevue et l’expérience acquise auprès de ces animaux.
Le programme de mentorat de l’AMVPQ
Inspiré du modèle de l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux (AMVQ), le programme de mentorat de l’AMVPQ propose un jumelage individualisé (un mentor par mentoré), basé sur des critères démographiques et les préférences des participants. Le programme s’adresse aux étudiants de quatrième et cinquième années ainsi qu’aux médecins vétérinaires en première ou deuxième année de pratique.
Fait saillant
En date d’avril 2026, le programme de mentorat de l’AMVPQ accueillait 44 mentorés et autant de mentors.
Les stages rémunérés du MAPAQ
Ces stages d’une durée de quatre semaines, administrés en collaboration avec la FMV, permettent aux étudiants de la première à la quatrième annéesde vivre une expérience clinique avec des animaux de consommation, sous supervision pratique, bien souvent dans des milieux vivant des enjeux d’attractivité. Ils permettent d’explorer, de clarifier ou de consolider un choix de domaine de pratique, tout en découvrant l’agriculture et de nouvelles régions. C’est la FMV qui coordonne les stages et l’AMVPQ collabore activement au jumelage des étudiants stagiaires et des cliniques.
Fait saillant
Depuis 2019, près de 600 étudiants ont bénéficié des stages. En 2025, le taux de placement de la relève dans les anciens milieux de stage était de 41 %.
Lors des entrevues avec les partenaires, les stages du MAPAQ ont été identifiés comme un levier clé pour soutenir la relève vétérinaire bioalimentaire. Selon Marie Archambault, vice doyenne à la FMV, ils ont, comme la catégorie d’admission en animaux de la ferme, contribué à démocratiser cette pratique : « Depuis 2019, on voit une différence réelle; il y a un respect qui se développe entre les étudiants en médecine vétérinaire et une meilleure acceptation de tous les domaines de pratique. L’ajout de la catégorie d’admission a aussi aidé des plus petits milieux, comme les animaux exotiques ou la pathologie. Ça a amené un vent de fraîcheur et fait du bien à tout le monde, même aux professeurs. »
Pour la FMV, c’est une façon de remplir sa mission sociétale importante : former des médecins vétérinaires compétents qui peuvent s’adapter aux réalités quotidiennes et contemporaines de la médecine.
L’entraide entre les régions
Quand les régions s’entraident, la relève grandit. À titre d’exemple, à la suite de l’annonce de la retraite d’un médecin vétérinaire en Abitibi, le Centre-du-Québec a mobilisé des médecins vétérinaires selon la formule fly-in fly-out afin d’assurer la continuité des services. Depuis, l’Abitibi peut compter sur une équipe vétérinaire renforcée, qui a choisi de s’y établir. Soulignons que cette mobilisation a été rendue possible grâce au soutien du MAPAQ, dans le cadre du programme PISAQ, comme tant d’autres initiatives régionales en bioalimentaire. Cette entraide se manifeste aussi par des collaborations entre régions limitrophes, qui développent des offres de services complémentaires ou se partagent les gardes afin d’assurer les services d’urgence. Ces approches concertées permettent de mieux répondre aux besoins de la clientèle, partout sur le territoire. Sans compter que garantir la vitalité vétérinaire en région va amener de la relève agricole.
La télémédecine vétérinaire bioalimentaire
La mise en place de la télémédecine vétérinaire bioalimentaire n’aurait pas été possible sans une collaboration étroite entre plusieurs partenaires. L’AMVPQ a pu compter sur l’Ordre pour encadrer la pratique, sur la FMV pour la formation, sur le MAPAQ pour le soutien financier au développement d’une application de téléconsultation par DSAHR, ainsi que sur l’UPA pour sensibiliser les producteurs. Cette concertation a permis de structurer la pratique, d’assurer une tenue rigoureuse des dossiers et de respecter les exigences professionnelles. Un projet porteur qui illustre clairement qu’aucun acteur ne peut agir seul sur l’ensemble des leviers.
Reprendre le flambeau pour la suite des choses
Après avoir assuré le leadership du Comité de travail sur la relève, le maintien et l’accès des services vétérinaires au Québec pendant quelques années, le MAPAQ a remis le flambeau à l’Ordre il y a trois ans. Depuis, l’Ordre pilote les deux comités – bioalimentaire ainsi qu’animaux de compagnie et de loisirs – et assure le suivi de leur plan d’action.
Pour jouer pleinement ce rôle de chef d’orchestre, l’Ordre s’inspire de pratiques observées ailleurs dans le monde, comme en Europe, au Royaume-Uni et aux États-Unis ou, plus près de chez nous, en Ontario. Tout en effectuant une vigie de projets de recherche pour repérer des initiatives fructueuses qu’on pourrait implanter au Québec. Ce recensement favorise des échanges nourris entre les parties prenantes des comités.
L’Ordre préside aussi les rencontres de suivi des actions menées sur le terrain, dresse le bilan issu du portrait annuel de la profession et mobilise les partenaires afin de valoriser pleinement leurs idées et leur expertise.
Nous l’avons mentionné, les comités de la relève et du maintien visent à identifier conjointement des actions efficientes pour soutenir la profession. Pour le Dr Gaston Rioux, président de l’Ordre, cette démarche exige un regard critique : « Nous devons nous questionner sur les réussites et les difficultés rencontrées dans l’application des pistes de solution identifiées en comités, afin de préserver les effets bénéfiques pour le terrain et d’identifier des pistes d’amélioration potentielles. Cette évaluation rigoureuse est essentielle pour mieux arrimer les propositions des comités aux besoins du terrain. »
Aux premières loges du terrain…vétérinaire
L’AMVPQ représente l’ensemble des médecins et des établissements vétérinaires qui offrent des services aux animaux de la ferme. Sa mission : soutenir la pratique et rester ancrée dans la réalité du terrain.
Après des efforts soutenus en recrutement, ayant permis d’éviter des bris de services dans le secteur bioalimentaire, l’heure est à la consolidation. Selon son président, Jean-Yves Perreault, « il faut encourager l’intégration de la main-d’œuvre dans les établissements en sous-effectifs, assurer qu’elle soit soutenue, actualiser les modèles d’affaires des cliniques et développer de nouvelles offres, notamment en santé publique. Cette période de changement amènera des défis; nous saurons les relever ensemble. »
Malgré une densité animale plus faible et des cliniques de plus petite taille — des facteurs parfois dissuasifs —, les régions éloignées offrent des occasions uniques pour la relève : pratique mixte, développement de services régionaux (dont les urgences) et expériences professionnelles diversifiées.
Interrogé sur les avantages de la pratique bioalimentaire, le président de l’AMVPQ répond sans hésiter : « La relation avec les producteurs est très valorisante. Ils nous considèrent souvent comme des intervenants de confiance pivots au sein de leur entreprise agricole. Ce lien professionnel, et généralement personnel, est un grand privilège. Nous avons la responsabilité de le préserver par notre engagement envers leurs animaux et leur famille, de génération en génération. »
Un point de vue partagé par Julien Pagé, deuxième vice-président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA) : « Le suivi de troupeau – risques de mortalité, de contamination plus grands – implique une approche différente. Tout en s’adaptant à la réalité de son médecin vétérinaire, le producteur doit pouvoir compter sur des services rapides, surtout lors d’urgences. Un lien de confiance fort permet cette adaptation mutuelle. »
Aux premières loges du terrain…agricole
L’UPA siège aussi au Comité de travail sur la relève, le maintien et l’accès des services vétérinaires au Québec pour le domaine bioalimentaire. Son action repose sur deux axes complémentaires, qui contribuent aux travaux du comité : région et spécialité.
Julien Pagé explique en quoi ce lien étroit avec les milieux est un atout : « Le Québec est vaste et les réalités varient selon les régions et les spécialités. Notre structure permet d’identifier rapidement des enjeux très concrets, parfois en amont. Ainsi, nous ciblons les préoccupations particulières, sans opter pour des solutions « mur à mur ». Quand le contexte s’y prête, l’UPA s’inspire d’initiatives efficientes pour les déployer ailleurs. »
Ces antennes permettent à l’UPA de suivre l’évolution du secteur et d’en relayer les données clés au comité — nombre d’élevages, statistiques sur les cheptels, tendances de l’industrie. Celles ci servent à évaluer les besoins en effectifs vétérinaires bioalimentaires et à proposer des solutions efficientes, dans une perspective d’offre de services résiliente.
Faits saillants
L’UPA représente les quelque 42 000 producteurs et productrices agricoles du Québec qui exploitent environ 29 000 entreprises agricoles.
Le futur de la médecine vétérinaire bioalimentaire
Les avancées du Comité de travail sur la relève, le maintien et l’accès des services vétérinaires au Québec pour le domaine bioalimentaire démontrent qu’en misant sur la collaboration, l’innovation et l’ancrage terrain, le domaine vétérinaire des animaux de la ferme peut non seulement attirer une relève engagée, mais aussi créer des conditions favorables à son épanouissement à long terme. Les prochaines années devront consolider ces acquis, renforcer le soutien offert aux médecins vétérinaires qui choisissent ces milieux de pratique et poursuivre le développement de solutions durables, particulièrement en régions éloignées. En continuant d’agir collectivement, le milieu vétérinaire se donne les moyens de répondre aux besoins des producteurs, de soutenir la vitalité du secteur bioalimentaire et d’assurer une relève compétente, enracinée et fière de contribuer à la santé animale et à la mission essentielle de la profession. Puisque la relève vétérinaire, c’est l’affaire de tout le monde.
En conclusion
Le Dr Gaston Rioux, président de l’Ordre, dresse un bilan empreint de fierté : « À l’aube de ma retraite à la présidence de l’Ordre, je suis fier d’avoir contribué aux travaux sur la relève et l’accès aux services vétérinaires, notamment en bioalimentaire. Ces efforts ont posé des bases solides pour l’avenir, en mettant en valeur le rôle essentiel du médecin vétérinaire en pratique rurale, tant pour la santé publique que dans une perspective Une seule santé. Je quitte mes fonctions avec confiance, porté par l’engagement et la collaboration de nos partenaires pour poursuivre ce travail essentiel. »
En terminant, l’Ordre souhaite remercier ses partenaires qui ont contribué au présent article :
- Marie Archambault, vice-doyenne aux affaires académiques et étudiantes de premier cycle à la Faculté de médecine vétérinaire
- La Dre Geneviève Côté (MAPAQ)
- Julien Pagé, deuxième vice-président général de l’UPA
- Le Dr Jean-Yves Perreault, médecin vétérinaire à la retraite, président de l’AMVPQ
Nous tenons également à souligner la contribution de l’ATSAQ et de l’AVIA aux travaux du Comité de travail sur la relève, le maintien et l’accès des services vétérinaires au Québec pour le domaine bioalimentaire.
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