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 |  Écrit par Ordre des médecins vétérinaires du Québec  |  Article

Responsabilité partagée : mieux collaborer pour mieux soigner

Déontologie, lois et règlements Information sur la pratique Tenue de dossiers

Clarifier les rôles, améliorer la communication et sécuriser le continuum de soins

La pratique vétérinaire s’inscrit de plus en plus dans un continuum de soins où plusieurs médecins vétérinaires interviennent auprès d’un même animal, chacun selon son champ d’expertise. 

Dans ce contexte, la responsabilité partagée ne diminue pas la responsabilité individuelle. Elle rappelle l’importance de rôles clairs, d’une information bien transmise et du respect de l’indépendance professionnelle. 

Une bonne coordination demeure essentielle pour assurer des soins sécuritaires, cohérents et continus. 

 

Une pratique de plus en plus collaborative 

Les soins sont souvent assurés par une succession d’interventions complémentaires. 

À titre d’exemples : 

  • un généraliste réfère un patient à un spécialiste; 
  • un urgentologue stabilise un animal avant un transfert; 
  • un chirurgien planifie une intervention qui nécessite l’expertise d’un anesthésiologiste; 
  • une équipe d’hospitalisation assure le suivi postopératoire. 

Dans chaque situation, le médecin vétérinaire demeure responsable de son jugement et de ses actes. La qualité du continuum de soins dépend toutefois aussi de la transmission et de l’utilisation adéquates de l’information. 

 

Responsabilité individuelle et responsabilité partagée 

Chaque médecin vétérinaire demeure responsable de ses actes professionnels, qu’il s’agisse de l’évaluation, de l’acte spécialisé, de la décision opératoire, du protocole anesthésique, de la surveillance ou des décisions prises en urgence. 

Lorsque plusieurs professionnels interviennent, certaines responsabilités doivent être coordonnées, notamment : 

  • la transmission de l’information clinique pertinente; 
  • la clarification du professionnel responsable; 
  • la communication des risques; 
  • la documentation des décisions importantes; 
  • la gestion des désaccords cliniques; 
  • la continuité du suivi. 

La responsabilité partagée réduit ainsi les zones grises sans diluer les obligations individuelles. 

 

L’anesthésiologie : une interface clinique particulièrement sensible 

L’anesthésiologie illustre bien ces enjeux. Pour établir un protocole sécuritaire, l’anesthésiologiste doit disposer d’informations claires sur l’état du patient, les examens, la médication, l’intervention prévue, le degré d’urgence et les risques particuliers. 

Lorsque ces informations sont incomplètes, dispersées ou transmises tardivement, l’exercice du jugement professionnel devient plus difficile. 

La sécurité anesthésique repose donc sur une chaîne de collaboration où l’information critique doit être disponible au bon moment. 

 

Exemples de situations qui fonctionnent moins bien 

Les exemples suivants illustrent des mécanismes de collaboration pouvant être améliorés, sans chercher à désigner un responsable. 

 

Exemple 1 : le dossier est considéré comme prêt par le chirurgien, mais incomplet par l’anesthésiologiste 

Un chirurgien peut estimer qu’un patient est prêt pour l’intervention, alors que l’anesthésiologiste constate que certaines informations essentielles sont absentes, difficiles à repérer ou non actualisées. 

Ce qui fonctionne moins bien : 

  • les résultats pertinents sont dispersés; 
  • aucun résumé clinique n’est disponible; 
  • les risques anesthésiques ne sont pas clairement signalés; 
  • la demande d’information additionnelle est perçue comme un frein plutôt qu’une mesure de sécurité. 

 

Bonne pratique : 

Une requête anesthésique structurée devrait faire ressortir les informations essentielles : diagnostic, indication chirurgicale, examens disponibles, médication, comorbidités, risques anticipés et degré d’urgence. 

 

Exemple 2 : le maintien de l’horaire prend le dessus sur l’évaluation clinique 

Dans certains contextes, la pression liée à l’horaire opératoire peut mener à minimiser les préoccupations exprimées par l’anesthésiologiste. 

Ce qui fonctionne moins bien : 

  • le report est perçu comme un échec organisationnel; 
  • le désaccord clinique demeure implicite; 
  • les contraintes opérationnelles influencent la décision; 
  • les préoccupations ne sont pas documentées; 
  • aucun mécanisme clair ne permet de résoudre rapidement le désaccord. 

 

Bonne pratique : 

Un désaccord sur le niveau de risque devrait être discuté ouvertement, documenté au besoin et résolu dans l’intérêt du patient. 

 

Exemple 3 : l’anesthésiologiste doit chercher seul l’information critique 

Un anesthésiologiste peut être appelé à soutenir plusieurs équipes ou plusieurs établissements, parfois dans un contexte où les dossiers sont nombreux, volumineux ou présentés de façon non uniforme. 

Ce qui fonctionne moins bien : 

  • l’anesthésiologiste doit repérer seul les informations essentielles; 
  • les dossiers sont soumis sans tri préalable; 
  • les informations importantes ne sont pas mises en évidence; 
  • la charge administrative réduit le temps d’analyse clinique; 
  • le risque de manquer une information pertinente augmente. 

 

Bonne pratique : 

Le tri initial de l’information peut être soutenu par du personnel qualifié, mais la validation finale demeure sous la responsabilité du médecin vétérinaire concerné.  

 

Exemple 4 : le transfert postopératoire est incomplet 

Après une intervention, le patient peut être transféré vers l’hospitalisation, l’urgence ou un autre service. 

Ce qui fonctionne moins bien : 

  • les paramètres de surveillance ne sont pas clairement précisés; 
  • les préoccupations anesthésiques ou chirurgicales ne sont pas transmises; 
  • les responsabilités entre les équipes sont ambiguës; 
  • le client reçoit des informations fragmentées ou variables. 

 

Bonne pratique : 

Chaque transfert devrait préciser le professionnel responsable, les éléments à surveiller, les complications anticipées et la personne à contacter au besoin. 

 

Améliorer la communication entre chirurgien et anesthésiologiste 

La communication entre chirurgien et anesthésiologiste devrait s’appuyer sur des mécanismes simples, connus et appliqués de façon constante. 

Les pratiques suivantes peuvent contribuer à réduire les risques :

 

Avant l’intervention 

  • utiliser une requête anesthésique standardisée; 
  • résumer l’indication chirurgicale et les risques anticipés; 
  • identifier les informations manquantes; 
  • prévoir un court échange préopératoire pour les cas complexes; 
  • collaborer à la planification de l’agenda des interventions à faire. 

 

Pendant l’intervention 

  • maintenir une communication directe en cas de changement clinique; 
  • informer rapidement l’autre professionnel lorsqu’un événement modifie le niveau de risque; 
  • clarifier les décisions qui exigent une adaptation du plan initial. 

 

Après l’intervention 

  • transmettre les informations pertinentes sur le réveil, la douleur, les complications possibles et la surveillance; 
  • documenter les éléments significatifs; 
  • préciser les responsabilités de suivi. 

Ces pratiques rendent la collaboration plus prévisible et plus sécuritaire. 

 

Respecter l’indépendance professionnelle de chacun 

Collaborer ne signifie pas nécessairement arriver à la même conclusion clinique. Cela signifie permettre à chacun d’exprimer son jugement de façon ouverte, respectueuse et, au besoin, documentée. 

Ainsi : 

  • un anesthésiologiste doit pouvoir demander une information additionnelle; 
  • un chirurgien doit pouvoir expliquer les risques associés au report d’une intervention; 
  • un urgentologue doit pouvoir recommander une stabilisation préalable; 
  • un spécialiste doit pouvoir préciser les conditions minimales requises pour intervenir; 
  • un médecin vétérinaire responsable du suivi doit pouvoir demander des clarifications avant d’assumer la continuité des soins. 

Cette indépendance protège le patient, soutient la qualité des décisions et prévient les tensions entre intervenants. 

 

Le rôle de l’employeur et de l’organisation 

La responsabilité partagée concerne aussi l’employeur et les gestionnaires cliniques, qui influencent directement la qualité de la collaboration. 

Un établissement doit offrir des conditions permettant aux professionnels d’exercer selon les normes reconnues, notamment : 

  • des ressources humaines suffisantes; 
  • du personnel de soutien pour préparer les dossiers, lorsque requis; 
  • des horaires tenant compte du temps d’analyse clinique; 
  • des mécanismes de communication structurés entre services; 
  • une planification réaliste des interventions; 
  • une culture permettant de soulever les préoccupations sans pression indue. 

L’employeur ne se substitue pas au jugement clinique, mais il doit créer un environnement où celui-ci peut s’exercer de façon indépendante, diligente et conforme aux obligations professionnelles. 

 

Bonnes pratiques organisationnelles à encourager 

Les établissements vétérinaires peuvent soutenir la responsabilité partagée par des outils simples et adaptés : 

  • une requête anesthésique standardisée ou un formulaire de référence en spécialité; 
  • une liste minimale d’informations cliniques à transmettre; 
  • un mécanisme de résolution des désaccords cliniques; 
  • une procédure claire de transfert de cas; 
  • une identification du médecin vétérinaire responsable à chaque étape; 
  • une révision des horaires lorsque la charge compromet l’analyse clinique. 

Ces mesures visent à rendre la collaboration plus prévisible, plus sécuritaire et conforme aux attentes professionnelles. 

 

Conclusion 

La médecine vétérinaire collaborative exige des mécanismes permettant de transmettre l’information nécessaire, d’exprimer son jugement et d’assurer une continuité de soins cohérente. 

Les enjeux observés en anesthésiologie rappellent que la sécurité du patient repose autant sur la qualité des interfaces entre professionnels que sur les compétences individuelles. 

La responsabilité partagée soutient l’indépendance professionnelle, protège le patient et favorise une culture clinique fondée sur la collaboration, la transparence et la rigueur en plus de contribuer à maintenir un climat de travail agréable.